Les adultes viennent de Mars et les ados ??

Peut-on vraiment considérer que les adolescents viennent d’une autre planète ?
Pourquoi tant de différences avec l’enfance ?
Comment trouver les bons schémas de communication avec ces êtres venus d’une autre planète (ou pas) ?

Débuter une thérapie avec un ou une adolescent.e revient, 90% du temps, à voir débarquer des parents et leur – bien grand – enfant, inquiets, dans le doute et l’indifférence agacée de leur progéniture.
Face à eux, face à ce tableau décalé, il est intéressant de répondre, avant tout à plusieurs questions:

Adolescents, mode d’emploi.

Les adolescents viennent ils d’une autre planète ?

A la différence des interrogations 100.000 fois posées entre hommes et femmes, on peut clairement répondre à celle-ci.
NON, vos enfants devenus adolescents ne sont pas des aliens qui vous sont totalement inconnus.
Il s’est seulement opéré un ensemble de transformations physiques, physiologiques et psychiques qui vous ont, plus ou moins échappées.

Tous les adolescents font une crise d’adolescence.

Là encore, c’est parfaitement faux.
La crise signifie, avant toute connotation négative, une période de bouleversements par rapport à une « normale », une sorte de ligne conductrice jusqu’ici suivie.
Les adultes, pris dans un rythme et des codes intégrés, ont seulement éduqué leurs enfants pour qu’ils apprennent et intègrent les codes de la société dans laquelle ils ont mis au monde ces mêmes enfants.
Si le concept de « crise » est vulgairement usité concernant l’adolescence, c’est uniquement pour faciliter le langage de ces mêmes adultes. Les ados n’ont absolument pas le sentiment d’être dans une quelconque « crise ». Ils tâtonnent simplement dans ce monde d’adultes qui leur est enfin ouvert. Et s’octroient le droit de l’interroger, le mettre en doute, le perturber.
C’est l’effet ressenti par les adultes qui évoquent alors le sentiment de bouleversements. car les ados, eux, ne sont pas, bouleversés. Juste porteurs de leurs questions.
Et beaucoup de leurs questions sont loin d’être inintéressantes

Pourquoi les ados ne répondent plus aux commandes des adultes ?

Après tout, ce qui dérange le plus certains parents, c’est le passage, très net, entre le moment où l’enfant essaie très clairement de ressembler, répondre aux exigences parentales et celui où, tout aussi clairement, il va se lever pour signifier son désaccord.
Finalement, le bouleversement ne vient pas du fait que l’enfant se soit transformé en une sorte d’alien mais bien du fait que le parent ait perdu une part de son contrôle sur cette chère progéniture, toute obéissante et aimante…
Cet.te ado, quant à lui.elle, a juste le sentiment d’exprimer ce qui lui correspond, le.la construit.

Corps, sommeil, posture

La puberté ne signifie pas seulement l’évolution des appareils génitaux. Bien au-delà, elle transforme tellement le corps et le fonctionnement des enfants que c’est le sommeil, le dynamisme et les postures physiques qui sont remis en question.
En effet, le cervelet doit réadapter sa prise en compte de sa croissance de 25 cm en quelques mois dans les mouvements (sauter, courir, marcher, se lever…).
Physiologiquement, tout change.
Et, en même temps, sa perception de lui-même aussi.
Comme ses cognitions (ses pensées, son raisonnement).
Bref, en quelques mois à peine, les choses évoluent incroyablement. Tant et si bien que le sommeil devient plus que réparateur.

A la question, « les ados sont ils mous? », je vous invite à mieux comprendre la nécessité de cette façon de mal se tenir, pourtant calculée pour les sièges en classe affaires comme pour les astronautes… Comme quoi, ces ados, ont un instinct certain !
Donc, non, aucun alien n’a pris possession du corps de ce petit garçon si agité, actif, ou de cette petite fille curieuse et toujours prête à se promener. Ils ont juste pris 25 cm et un corps un peu épuisé de tant de transformations !

Jeux vidéos, écrans, addict or not addict ?

La génération X, celle issue des année 70 – début 80 était surnommée la « génération télé ».
Avec elle, la découverte des multiples chaînes, des programmes enfants du mercredi (de Casimir au Club Dorothée) à celui des premières séries X-files avant de retrouver les copains en boîte de nuit.
Les parents se désolaient alors de ne pas comprendre ces heures perdues devant un écran.

Aujourd’hui, elle-même devenue parent, il est difficile de lui expliquer que la génération suivante baigne dans l’écran Internet, les jeux en réseaux, les communications multiples sans fin quand il lui fallait plusieurs jours pour organiser une rencontre à 4, et encore, avec un téléphone fixe à touches, pour les plus privilégiés.
L’ado d’aujourd’hui n’a plus besoin de sortir pour avoir tous ses amis proches.
Incompréhensions assurées quand le parent, pourtant « moderne », met quelques heures a envoyé 10 SMS pour un apéritif dînatoire à la maison.

Mais cette génération n’a rien fait de plus que la précédente: elle s’est simplement adaptée aux outils, aux codes, aux offres.
Certes, l’OMS s’est positionnée sur la question de l’addiction aux écrans mais pour ces jeunes incapables d’aucune autre vie sociale que celle tenue, dans la chambre, en pyjama, pendant plusieurs mois.

Ados aliens ou adultes largués ?

Ni l’un ni l’autre.
Les ados essaient simplement de se construire avec les moyens du bord, en partie façonnés par leurs parents d’ailleurs, mais améliorés à leurs demandes.
Les adultes de cette fameuse génération X, ont à composer avec les modèles inculqués par leurs parents (peut-être dépassés) et leurs propres appréciations de ce qu’ils ressentent du monde nouveau (2.0).
Le premier réseau social qu’est Facebook est davantage utilisé par les quadra (les parents) que les ados. C’est simplement une génération qui surfe avec le principe même d’Internet.
Et qui accompagnent donc la vague quand les parents se demandent encore dans quel sens va le courant.
Il n’y a rien de choquant ni à associer à une forme de « crise ».
Simplement de comprendre qu’à chaque génération, se développe une vraie compétence.

Alors ? Comment on communique avec un.e ado ?

Pour commencer, on se souvient:
Pleinement, profondément.
De ses rêves, ses espoirs mais aussi ses déceptions, ses doutes sur ces adultes incapables de comprendre, de sauver la planète, la liberté, les concepts humanistes qui ont guidé leurs pas quand ces mêmes adultes répétaient « la violence, ce n’est pas la solution », « il faut accepter la différence » (quand il s’agissait du petit camarade handicapé).
Tout à coup, vos ados, découvrent un univers, un monde où les plus faibles ne sont pas protégés, que Pinocchio, en bois, est apatride finalement.

– Et, de cette prise de conscience, il/elle va avoir besoin de savoir comment se positionner.
Comment passer de ces contes de fées portés par des parents très convaincants à cette réalité où l’impuissance parentale (et celle des adultes) qui est juste énorme (c’est binaire un.e ado)?

Donc cet.te enfant adorable et obéissant.e ne s’est pas transformé.e en alien.
Il/elle cherche juste comment apprendre à se positionner.
Par rapport à ses parents, jusqu’ici modèles. Et par rapport au monde qui les entoure.
Certain.e.s choisissent de se centrer sur eux-mêmes, par peur de l’extérieur (conflits sur les libertés, les horaires etc.), d’autres l’investissement Politique (au sens noble du terme: les anciennes générations se sont trompées, nous on saura)
C’est souvent là que naissent les conflits…

Pour communiquer, il est donc important de:

Respecter ce qui se passe dans cet univers encore inconnu.
S’intéresser, c’est un excellent moyen de contrôler sans le montrer.
Proposer des échanges sans considérer tout savoir, moins encore de prendre tout l’espace de parole (oui, le monde est peuplé d’embûches et, oui, ils le sauront, il n’est pas nécessaire d’être professoral ou d’occuper tout l’espace).
Rappeler les limites tout en expliquant que, quoiqu’il se passe, vous serez toujours là (il est essentiel de garder l’environnement « secure »).
Ne pas lâcher ses valeurs. Même si cela provoque des conflits, ils sont nécessaires à l’élaboration de la personne adulte en devenir (se confronter à l’autre, se rappeler que des codes existent, savoir composer).

Et le psy, alors ?

L’époque où le psy venait expliquer quand et comment traiter les interrogations adolescentes est clairement terminé.
Ce n’est pas son travail d’éduquer.
Mais, par contre, son expertise permet de vous accompagner, ensemble, pour trouver de nouvelles passerelles de communication, de sujets, voire d‘espaces de négociation (parce que c’est un moment de vie où tout se négocie).

Les thérapies familiales, même courtes, sont des moments de rencontre, de rappel, où chacun s’exprime mais où chacun apprend à composer avec l’ensemble.

Et, si on ne comprend pas forcément, on ne se souvient plus vraiment, ce qui se jouait adolescent, cela n’empêche pas, de re-trouver d’autres façons de se dire, de décrire, s’apprivoiser.
Il existe des outils, des engagements, des contrats qui facilitent la liaison entre ces nouveaux adultes en devenir et les parents, plus faciles d’accès via un tiers médiateur, un.e psy… N’hésitez pas !