Etre de « bons parents » ? Vraiment ?

Encore aujourd’hui, en 2018, les femmes ont à composer avec le complexe de la mère parfaite.
« Mère Calme  » de Florence Foresti , elle renvoie tous les travers, tous les ratés, toutes les déconvenues maternelles qui, pourtant, sont à éviter dans les pseudos manuels de psychologie et les traités de l’éducation parfaite édités à outrance dans nos librairies !

Mais qui est donc cette parfaite mère qui s’octroie, sans s’annoncer, les rangs de la perfection ?
Qui a donc bien pu décréter qu’elle devait s’ériger en modèle à suivre ?
Et les psychologues avec leurs conseils à la parentalité dans tous ça ?

La Mère Parfaite, la Mère Calme, la Mère par excellence…

Régulièrement, je vois, j’entends des parents, mères le plus souvent, s’interroger sur les impacts de leurs choix éducatifs.
La plupart se culpabilisent de ne pas:
– être à la maison à 16h30, aux sorties d’école,
– assurer et assumer le suivi scolaire pour faire de leurs têtes blondes de futures élites comme il est convenu de « reproduire le système ou favoriser l’ascenseur social »,
– suivre les conseils nombreux (mais paradoxaux) quant aux mille activités à proposer les jours de pluie, en vacances, à la plage, dans la voiture etc.,
– prodiguer les autres mille manières d’expliquer les choses aux enfants sans utiliser les cris et l’énervement…
Je passe aussi les moments de rage, les doutes et les pleurs face aux comportements des enfants !

Ces regrets, ces difficultés, ces doutes sont autant d’auto-critiques, d’angoisses parentales parfois bien vaines.
En effet, ces parents parfaits, ces « mères calmes » ou ces « blonds » de Gad Elmaleh sont autant d’illusions que ces femmes photoshopées sur les couvertures de magasines féminins !

 

La fabrique du complexe parental

Avec ces images idéalisées, se créent de véritables complexes parentaux où la mauvaise mère vient occuper toute la place !
A force de lire, montrer, développer une vitrine de l’enfant parfaitement bien élevé, est né un sentiment du mal faire chez des mères de plus en plus éprouvées.
Depuis 1970, un médecin (un homme d’ailleurs) avait déjà posé les jalons de la culpabilisation maternelle avec son ouvrage « Tout se joue avant 6 ans ».
Avec lui, des milliers de femmes ont cru, essayé de tenir les caps éducatifs chronophages et anxiogènes.
Un médecin, avec son effet de la blouse blanche, qui vient donner aux parents des conseils indispensables pour réussir leur éducation (le sous-titre parle de lui même: « Les grandes étapes d’une éducation réussie« ), c’est forcément paroles d’évangile, injonction à réussir.
Et, avec ces dernières, une évaluation constante des étapes à franchir.
Que se passe t’il si on en a raté une ? Et après 7 ans, c’est fini ?

Depuis quelques années est apparue l’éducation positive.
Un peu perçue comme le pendant la toxicité parentale, les jeunes parents essaient de se l’approprier
Nouveaux concepts bibliques, il existe mille sites internet à ce sujet.
Le résultat ?
Autant de parents, plus contrits encore, baignés d’une culpabilité plus forte.
« Je n’ai pas réussi à ne pas m’énerver », « je me suis couchée mal parce que je n’ai pas pris assez de temps avec mon fils/ma fille »…
Encore plus de remarques qui ponctuent de plus en plus souvent les entretiens en thérapies.

A cela, il est intéressant de voir les méfaits des réseaux sociaux.
Ils regorgent de milliers de posts, photos, souvenirs des people plus ou moins connus mais surtout, même la voisine poste les activités manuelles effectuées ce week-end alors que vous avez à peine réussi à vous décoller du canapé pour aller voir le petit dernier jouer son match de foot (et encore, à la fin de la seconde mi-temps).

 

Tout cet étalage médiatico-personnel impacte directement sur la perception éducative des parents d’aujourd’hui. Parents qui sollicitent de plus en plus souvent les psychologues pour des conseils à la parentalité mais qui ont surtout besoin de s’entendre dire qu’ils ne sont pas de mauvais parents !!!

Psychologie et parentalité

Si Frizhugh Dodson préconisait ses précieux conseils pour réussir une éducation avant 6 ans, un autre médecin devenu psychanalyste, bien avant lui avait développé l’idée que l’enfant, dès son plus jeune âge est en mesure de s’adapter à son environnement (et donc à ses parents).
Ainsi, dès 1954, Winnicott avait donc insufflé la possibilité que les enfants pouvaient agir pour transformer leur environnement « suffisamment bon » en « environnement parfait » pour eux.

Ainsi l’exigence d’être une mère parfaite n’a pas lieu d’être: c’est bien la meilleure mère pour cet enfant là ! (qui d’autre qu’elle peut autant l’aimer et tenter de le combler aussi bien ?)

La notion de burn-out maternel, autrefois plutôt appelé « surmenage » permet une prise de conscience des différences entre les hommes et les femmes modernes.
Les femmes travaillent et élèvent les enfants tout en s’interrogeant en permanence sur les points logistiques (charge mentale) et éducatifs (charge parentale).
Nombreuses sont celles qui font le choix de ne pas avoir d’enfants, et, pour les autres, elles oscillent entre la culpabilité de ne pas les élever correctement car au travail et l’envie de s’épanouir au travail justement (mais de ne pas vraiment pouvoir s’y investir faute de temps)…

Ces surinvestissements maternels et professionnels sont à la fois les causes et les conséquences du mythe de la mère parfaite.
Les femmes vont se représenter leurs différents rôles à partir de grilles totalement inventées et idéalisées de ces Madonna, Angelina et autres mères assumant leurs différents rôles tout en affichant silhouettes, sourires et vies privées dynamiques.
Derrière la course à la perfection de la maman lambda se cache la question « si elles y arrivent, pourquoi pas moi?« .

Se libérer de la culpabilité

« Pourquoi pas vous ? »
Et bien parce que toutes ces femmes médiatisées s’appuient sur des ressources non accessibles à toutes: femmes de ménages, nourrices et coachs.
Que la voisine au sourire apaisé, apprêtée dès son arrivée devant l’école, s’est levée si tôt qu’elle s’écroule à 20h devant la télé mais que vous ne pouvez pas la voir !!!

Bref, que les réalités des autres ne sont pas les vôtres et vice versa !

Lors des échanges en entretiens thérapeutiques, l’accent sera mis sur la simplicité/ la simplification.

Avant de se demander tout ce qui est mal ou non fait, il est important de bien prendre conscience de lamour éprouvé pour ses enfants, le fait que seuls ses parents sont en mesure de l’aimer, l’accepter, l’accompagner tel qu’il/elle est.
Ensuite, il est important de se saisir de ces fameux points négatifs.
Souvent subjectifs et rarement basés sur des faits tangibles, c’est l’occasion de prendre de la hauteur et de réaliser que ses enfants se sont adaptés et sont loin d’être malheureux. Ils ne demandent qu’à continuer à évoluer dans cet environnement, auprès de ses parents.
Il suffit parfois de développer une certaine forme de lâcher-prise: il n’est pas nécessaire d’avoir une maison parfaitement propre, pas nécessaire que les horaires soient aussi parfaitement respectés jour après jour ni que leur existence ne ressemble à une photographie de « Elle & décoration ».

Rien n’empêche de réorganiser les espaces pour laisser aux enfants plus de libertés créatrices sans que cela ne vienne polluer votre salle à manger.
Ou que le repas du vendredi ne soit qu’un apéritif dinatoire (sans alcool pour les enfants bien évidemment !).

Le lâcher-prise parental ce n’est pas seulement le fait d’être soi, en tant que parents.
C’est considérer que les souvenirs de demain sont les moments d’aujourd’hui.
Et que, du coup, le ménage du samedi a beaucoup moins de saveurs que le bol de chocolat partagé sur le canapé, ensemble…
Soyez en sûr(e)s, ce moment là aura toute la saveur de la perfection.